« To argue with a man who has renounced his reason is like giving medicine to the dead. » - Thomas Paine in the "The American Crisis" (1776)
J'aime bien ce mot de Tomas Paine. Il montre à quel point il peut être absurde et impertinent d'engager la discussion qui n'est pas sur le même terrain que toi. Comment faire entendre raison à quelqu'un qui n'est pas ouvert à la raison?
« Quiconque me parle de Dieu en veut à ma bourse ou à ma liberté. » -Pierre Joseph Proudhon, 1809-1865
On devine bien, si on me connaît un peu, que j'ai un attachement particulièrement fort à ma liberté. Je l'aime et elle me rend bien ce sentiment. Dieu, et surtout ceux qui en parlent, effraie souvent cette part en moi. Dieu, église et tout ce qui est sacré sonnent à son oreille comme le mot: prison ou chaine. C'est peut-être une des raisons qui font que je n'ai que rarement été attiré par la foi ou la religion.
Ma liberté n'a pas peur des enseignants, des professeurs ou des militants de toute sorte. Elle les aime parce qu'ils sont souvent des professeurs de liberté. Les féministes montrent comment se défaire de préjugés millénaires, les révolutionnaires parce qu'ils enseignent une cause, les philosophes et scientifiques parce qu'ils enseignent le doute, les libéraux parce qu'ils enseignent que « notre liberté à nous, doit se composer de la jouissance paisible de l'indépendance privée. » (Benjamin Constant, De la liberté des anciens comparée à celle des modernes, 1819) et encore et encore d'autres.
"Comment s’étaient-ils rencontrés ? Par hasard, comme tout le monde. Comment s’appelaient-ils ? Que vous importe ? D’où venaient-ils ? Du lieu le plus prochain. Où allaient-ils ? Est-ce que l’on sait où l’on va ?" - Diderot, Jacques le fataliste et son maître (1796)
J'ai rarement vue phrase introductive plus puissance, plus prenante que celle-là! D'un coup, un petit vertige puis notre humanité, surprise de se voir aussi clairement dans un roman, est prête pour une petite aventure littéraire. J'aime tellement ce roman, tellement son style et la sorte de calme qui en ressort tout en étant si nouveau, original et prenant.
«Les athées, écrit le jésuite Jean-Guy Saint-Arnaud dans les Cahiers de spiritualité ignatienne (janvier-avril 2009), demeureront toujours un défi pour les chrétiens et les chrétiennes. Ils seront toujours des dérangeurs, des "désenclaveurs", des éveilleurs de conscience. Ils ont des raisons valables de refuser ce qu'ils refusent et c'est être fidèle à la vérité que de le reconnaître.» - Louis Cornellier, Le Devoir édition du samedi 19 et du dimanche 20 septembre 2009
Enfin un peu de lucidité de la part d'un croyant. Je ne sais quoi ajouter! Qu'est-ce que vous en pensez?
« je ne méprise pas les plaisirs des sens. J'ai un palais aussi, et il est flatté d’un mets délicat, ou d’un vin délicieux. J'ai un cœur et des yeux ; et j'aime à voir une jolie femme. J’aime à sentir sous ma main la fermeté et là rondeur de sa gorge ; à presser ses lèvres des miennes ; à puiser la volupté dans ses regards, et à en expirer entre ses bras. Quelquefois avec mes amis, une partie de débauche, même un peu tumultueuse, ne me déplaît pas. Mais je ne vous dissimulerai pas, il m'est infiniment plus doux encore d’avoir secouru le malheureux, d’avoir terminé une affaire épineuse, donné un conseil salutaire, fait une lecture agréable ; une promenade avec un homme ou une femme chère à mon cœur ; passé quelques heures instructives avec mes enfants, écrit une bonne page, rempli les devoirs de mon état ; dit à celle que j'aime quelques choses tendres et douces qui amènent ses bras autour de mon col. Je connais telle action que je voudrais avoir faite pour tout ce que je possède.» — Le Neveu de Rameau, Denis Diderot
C'est un long passage que le personnage présenté comme « moi » dans le neveu de Rameau que je présente ici parce qu'il me semble représenter une sensibilité tout plaisante. Malgré une teinte conservatrice ou traditionnelle, elle me fait toujours sourire. C'est le genre de position qui semble une position de base, un lieu sûr. Comme bien de mes contemporains, je suis parfois... souvent sceptique quand on parle de tradition et de bonheur. Pourtant, l'idée de l'honnête homme ne cesse de revenir dans mes pensées quand je n'y prends pas garde.